Le salaire de la Peur

Stress au travail

  • noter cet article

jeudi 24 avril 2008, par veille


Pour les uns, les « sauveurs » ont pour noms Lexomil, Temesta, Deroxat, Prozac Pour d’autres les compagnons d’infortune, cocaïne, cannabis, ou tout simplement alcool, sont l’unique réponse à la détresse.

Il aura fallu beaucoup de familles déchirées et de blessures quelquefois fatales pour que le sujet naguère si tabou passe de mains en mains, des syndicats au patronat, des médecins au législateur européen, sans qu’on ne le lâche de peur de se brûler.

Les négociations sur le problème du stress au travail ont débuté. Il faudra savoir procéder à tous les examens pour apporter un vrai traitement et guérir le mal.

La première avancée significative réside dans le fait que la plupart des acteurs du monde du travail s’expriment sur la question.

Ministère du Travail : ouvert aux propositions

Le 12 mars 2008 lors de la remise du rapport sur la détermination, la mesure et le suivi des risques psychosociaux au travail., le ministre Monsieur Xavier Bertrand. déclare :

« Je profite de la remise de ce rapport pour lancer un appel à toutes celles et ceux qui sur ce sujet, outre leur point de vue scientifique ou non, ont de propositions à faire en matière de lutte contre le stress. Il y a un cadre pour cette réflexion, c’est la conférence sur les conditions de travail, mais si même en dehors de cette conférence, il y a des acteurs qui ont des propositions précises pour mesurer, le prévenir, je suis preneur. Ce débat n’avait pas été mené, nous avons eu la volonté de le mener, vous l’avez fait messieurs de façon rigoureuse. »

http://www.travail-solidarite.gouv.fr/actualite-presse/discours/remise-du-rapport-determination-mesure-suivi-risques-psychosociaux-au-travail.-discours-xavier-bertrand.-12-03-08-.html?var_recherche=stress

La C.F.T.C. : l’expression d’une souffrance

La Reconnaissance de l’étendue du fléau passe par la prévention, la sensibilisation, l’ information 13/03/2008,

"La C.F.T.C. souhaite que la souffrance des salariés soit reconnue comme un enjeu majeur. La mise en œuvre d’une grande enquête nationale, première avancée, doit alors concerner tous les secteurs d’activités, qu’ils soient privés ou publics, en observant une vigilance particulière pour les entreprises de petite et moyenne taille.

Il apparaît donc d’autant plus nécessaire de définir, les indicateurs permettant de mesurer et de prévenir le stress au travail et plus largement les risques psychosociaux. Ceux-ci sont essentiellement liés à l’organisation du travail. L’accélération des rythmes de travail, la flexibilisation accrue, le travail en flux tendu, l’externalisation, sont parmi les principaux facteurs de dégradation des conditions de travail. Les salariés précaires, les sous-traitants, les intérimaires font partie des catégories de travailleurs les plus exposés à ces risques.

La reconnaissance de ces risques est un enjeu central pour les entreprises, mais trop peu s’engagent à s’attaquer aux causes profondes du mal-être au travail, de peur peut-être de se trouver « comptables » de la santé mentale des salariés. Aussi, l’idée de négociations obligatoires pour la détection et la prévention du stress" dans les secteurs les plus touchés apparaît pouvoir engager un renouvellement des pratiques."

http://www.cftc.fr/

La C.G.T. : 5 domaines pour agir contre le stress

" La qualité de la vie au travail implique de pouvoir parler de son travail, implique de l’écoute, du respect et de la reconnaissance. Nous ne nous situons donc pas dans une logique de gestion du stress au sens de son accompagnement. L’action doit avoir pour but de le prévenir et lorsqu’il existe le supprimer.

Nos amendements porteront sur 5 grands domaines : 1. La transposition de l’accord européen au contexte français. Son caractère normatif et la nécessité de le voir étendu à l’ensemble du monde du travail. 2. La définition et la description du stress d’origine professionnelle qu’il convient selon nous de compléter et de préciser. 3. Les liens qui peuvent exister entre les choix d’organisations, les méthodes de gestion des ressources humaines et le stress sur lesquels il convient d’alerter les employeurs et les salariés. 4. Les indicateurs du stress, l’analyse des facteurs de stress. 5. la préconisation de mesures pour mener l’action contre le stress."

http://www.cgt.fr/Internet/

La C.F.D.T. : Pouvoir s’exprimer….

"En formalisant l’existence d’un vrai problème de stress au travail, Bruxelles avait réussi un compromis inédit en matière de santé au travail. Mais, pour la C.F.D.T., l’approche du texte européen ne suffit pas. « Il faut que soit clairement réaffirmée la responsabilité potentielle de l’organisation du travail comme facteur de stress », précise Jean-Louis Malys, chef de file C.F.D.T. de cette négociation. Une démarche jugée indispensable pour agir le plus en amont possible, tant la question de la prévention passe par la prise en compte des conditions de travail . Parallèlement, la C.F.D.T. entend bien gommer la part individuelle du stress, trop souvent mise en avant par les entreprises pour s’exempter de leurs responsabilités. D’où la nécessité de donner à cette négociation un cadre collectif impliquant l’ensemble des composantes de l’entreprise. Encore faut-il pour cela « créer les conditions d’une réelle possibilité d’expression des salariés sur l’organisation de leur travail, où les instances représentatives du personnel auraient toute leur place "

http://www.cfdt.fr/edito.htm

L’Institut National de Recherche et de sécurité (I.N.R.S.) : c’est un risque professionnel

Environ 20 % des salariés européens estiment que leur santé est affectée par des problèmes de stress au travail, ce qui en fait l’un des principaux problèmes de santé au travail déclaré, derrière les maux de dos, les troubles musculosquelettiques et la fatigue (selon la dernière enquête de la Fondation européenne pour l’amélioration des conditions de travail). Le phénomène n’épargne plus aucun secteur d’activité.

Définition du stress au travail Le stress « survient lorsqu’il y a déséquilibre entre la perception qu’une personne a des contraintes que lui impose son environnement et la perception qu’elle a de ses propres ressources pour y faire face. Bien que le processus d’évaluation des contraintes et des ressources soit d’ordre psychologique, les effets du stress ne sont pas uniquement de nature psychologique. Il affecte également la santé physique, le bien-être et la productivité ».

On retrouve dans cette définition trois notions importantes : les facteurs de stress, c’est-à-dire des situations de travail contraignantes qui vont favoriser l’apparition de l’état de stress, la personne qui va réagir à ce qui lui pose problème, à la fois avec son corps et son psychisme, les effets observables sur les comportements ou la santé de la personne et sur l’entreprise, si la situation concerne un nombre important de salariés

Le stress doit devenir une préoccupation pour l’entreprise dès lors que les plaintes de « mal-être » au travail se multiplient et quand les facteurs qui en sont à l’origine sont liés au travail (intensification du travail, pressions multiples, exigences de la clientèle...). Le stress n’est pas, dans ce cas, le révélateur de fragilités individuelles mais la manifestation de dysfonctionnements plus généraux dans l’entreprise.

La prévention et l’évaluation du stress s’inscrit dans le cadre général de la prévention des risques professionnels. Le chef d’entreprise doit veiller à protéger la santé et la sécurité physique et mentale de ses salariés au travail. C’est une obligation de résultat.

D’autres types d’interventions existent. Ils visent à renforcer la résistance individuelle des salariés à des situations de travail potentiellement stressantes pour eux : gestion individuelle du stress, formation à la gestion des conflits… Leurs effets bénéfiques ne sont cependant que de courte durée." http://www.inrs.fr/inrs-pub/inrs01.nsf/IntranetObject-accesParIntranetID/

Le Medef : trouver les racines du mal ...

En 2007, au cours d’un débat organisé dans le cadre de l’Université d’été du Medef, la psychiatre, Marie-France HIRIGOYEN, constatait que la pénibilité du travail a laissé la place à la violence au travail, aux suicides sur le lieu de travail, au harcèlement moral et à la souffrance.

"Dans la grande majorité des cas, la souffrance provient le plus souvent de conflits mal résolus, de pressions nées d’ordres contradictoires ou de mauvaises conditions de travail qui peuvent être qualifiées d’accidents managériaux ou de maladresses.

Quoi qu’il en soit, toutes les plaintes présentent des points communs, à commencer par l’isolement et la solitude, mais aussi l’éclatement des collectifs de travail et la disparition des solidarités.

La souffrance qui en découle s’est significativement accrue avec les 35 heures. Il n’y a plus de place pour le temps perdu. Alors que les individus réclament de plus en plus d’humain, il y en a de moins en moins.

Autres points communs à toutes les souffrances : la peur et l’insécurité. Les travailleurs craignent de ne pas paraître à la hauteur, vis-à-vis de leur hiérarchie. Les individus se cachent derrière ce que les psychiatres appellent un « faux self ». L’on n’ose plus montrer ce que l’on est vraiment, de peur d’afficher ses fragilités. Le manque de reconnaissance et de respect, ou le sentiment d’un tel manque, constitue un autre point commun.

Le nombre croissant des plaintes s’explique par les attentes que les travailleurs nourrissent à l’égard de leur entreprise. Ils attendent d’elles qu’elles réparent ce qui est fragilisé par ailleurs : la vie de couple, la vie de famille, la vie sociale. Se plaindre permet de faire d’un conflit interne un conflit externe. C’est l’un des principaux travers d’une société narcissique. Par ailleurs, les psychiatres observent le développement de la sensitivité, qui confine à un sentiment de persécution". (Août 2007 université d’ été du Medef) http://www.medef.fr/main/core.php?pag_id=115283

L’A.N.A.C.T. : La voix de l’enseignement…

L’Agence Nationale pour l’Amélioration des Conditions de Travail et l’Université Paris Dauphine s’associent pour proposer dès la rentrée 2008 un nouveau master. Cette formation diplômante de 14 mois vise à former des acteurs en conditions de travail et qualité de vie au travail (managers, syndicalistes, experts) capables d’articuler les apports et les outils des sciences de gestion et des sciences humaines. Forts d’une solide compétence d’analyse et d’intervention, les futurs diplômés contribueront à la prise en compte du travail comme facteur d’efficacité, offrant alors aux entreprises une réponse adaptée aux nouveaux enjeux sociaux. http://www.anact.fr/

A qui profite la déprime ?

Marianne magazine a publié en mars 2008 une enquête remarquable de Perrine Cherchève, ayant pour titre « Les profiteurs du stress » et pour sous-titre « Des salariés marathoniens de la performance malgré eux, un monde du travail qui pousse au désespoir... Cette épidémie fait l’affaire d’experts en tout genre, prompts à tondre le stress sur le dos des employés et des entreprises ».

http://www.agoravox.fr/

Dans le film d’Henri Georges Clouzot, Le Salaire de la Peur quatre hommes acceptent de véhiculer, au péril de leur vie, un chargement de nitroglycérine sur cinq cents kilomètres de routes défoncées. Le dossier du stress au travail est à l’image du camion que conduisent Charles Vanel et Yves Montand…

E.T.