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Vous avez dit prospective à la française ?

Prospective : la France ne peut plus jouer petit bras !

d’après un article du Huffington Post

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dimanche 20 octobre 2013, par Jean-Claude Cohen


J’ai relevé, sur le Huffington Post, un article publié par Mika Mered, un spécialiste des risques politiques et de l’arctique / antarctique, qui met l’accent sur deux (au moins) faiblesses de la prospective publique en France.

La première, et non des moindres, est que l’horizon de la réflexion prospective conduite au plus haut niveau de l’Etat est beaucoup trop proche .

Ainsi, au sein du gouvernement (avec un agenda qui vise 2017), le Commissariat Général à la Stratégie et à la Prospective, avec une vision de "La France en 2025", le MEDEF qui propose de réfléchir à la France de 2020, et les rapports remis par le LH Forum de Jacques Attali, qui propose une vision à 2030- la même échéance étant retenue par Anne Lauvergeon pour son rapport "Innovation 2030".

De fait, dans bon nombre d’exercices de prospective, on n’ose pas afficher un horizon au delà de 2030, que ce soit parce que l’exercice de prospective s’inscrit dans une démarche de planification à moyen terme dont l’horizon est de 10 à 15 ans, au mieux, ou parce que l’on considère qu’il y a trop d’incertitudes - technologiques, institutionnelles, etc...- pour pouvoir écrire quoi que ce soit de sérieux au delà de 2030....

Or, précisément, si la prospective a une raison d’être, c’est d’aider la réflexion dans des contextes où s’entrecroisent de multiples incertitudes. S’il n’y a pas, ou peu, d’incertitude sur le futur, la prospective n’a pas d’utilité.

Bien plus, des horizons de 20 à 30 permettent d’envisager des changements de comportements, impensables à des horizons plus rapprochés.

Enfin et surtout, c’est à l’horizon de 2030 ou 2050 que vont se jouer les nouveaux enjeux économiques sur les filières émergentes, telles que les biotechs, les cleantech, les nanotechs, et autres.

Et rien n’interdit de se fixer un horizon à 30 voire 50 ans pour les évolutions contextuelles -technologiques, institutionnelles, comportementales, climatiques, etc..- et travailler sur des stratégies à 10 ou 15 ans...

La seconde faiblesse soulignée par l’article du Huffington Post tient à la faiblesse actuelle des institutions porteuses de la vision à long terme du pays.

De fait, face à l’entrecroisement entre le saucissonnage vertical des ministères au niveau national, avec le millefeuille institutionnel local, qui voit se superposer pas moins de 6 échelles territoriales entre l’Europe et la commune, il faudrait une institution forte pour coordonner les réflexions à long terme. Je cite :

Alors, comment accéder dans ce contexte à la méta-modernité d’obédiance nordique quand la multiplication des chapelles ministérielles engendre une incapacité structurelle à identifier, prévoir et donc préparer l’avenir de façon holiste ou à valider les travaux d’une commission indépendante ? Peut-on faire revenir le Commissariat Général du Plan et la DATAR qui ont façonné la France d’aujourd’hui ?

(...) Considérant que la préparation des enjeux de 2050 transcende les portefeuilles et les échelles géographiques, la sortie de crise réclame un organisateur dépolitisé pour un débat national constant sur les "futuribles" (les futurs possibles). Nicolas Hulot proposait dans son pacte écologique de 2007 un vice-Premier ministre au développement durable. Il faut aller encore plus loin.

Regroupant auprès de lui toutes les cellules de prospective ministérielles existantes, ce Vice-Premier ministre à la prospective recouperait donc la futurologie industrielle, écologique, économique, géographique, sociale et internationale pour identifier les méta-trajectoires de la mondialisation et orienter la France d’aujourd’hui pour conduire l’économie mondiale de demain.

Difficile de dire ici si la réponse "structurelle" suffit pour donner de la cohérence à une vision d’ensemble du territoire, mais il est clair que ceux qui, au plus haut niveau de l’Etat, essaient d’avoir une vision à long terme du pays devraient méditer les questions posées par ce petit article.

Voir en ligne : Prospective : la France ne peut plus jouer petit bras !