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Engagements à haut risque

Hollande va-t-il respecter sa promesse : inverser la courbe du chômage ?

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vendredi 27 décembre 2013, par Jean-Claude Cohen


On ne parle que de ça ! Hollande va-t-il respecter sa promesse : inverser la courbe du chômage ?

"François Hollande a misé gros en faisant de l’inversion de la courbe du chômage pour la fin 2013 l’ambition première de son début de mandat, un volontarisme qui suscite les railleries de l’opposition et les doutes de la presse." (AFP)

"Cette bataille (du chômage), nous allons la gagner", (Jean-Marc Ayrault, lors d’un déplacement à Lorient (Morbihan), après l’annonce la veille par l’INSEE d’une hausse du nombre de chômeurs en novembre.

Le président lui-même affirmait avec détermination que l’inversion de la courbe du chômage était "bien amorcée" . Pour le ministre du Travail, Michel Sapin, il s’agit là d’ "une vérité" , en s’appuyant sur les données trimestrialisées.

Or les chiffres de novembre, publiés par l’INSEE, font état de 17.800 demandeurs d’emploi supplémentaires. Il faudrait un miracle pour les chiffres de décembre (qui seront disponibles fin janvier) pour que l’engagement présidentiel soit respecté.

Pour l’opposition, le président doit "prendre acte de son échec" et opérer un "changement de politique économique" . Les syndicats sont à peine moins critiques : le pays "n’est pas dans une optique d’inversion de la courbe du chômage" mais "au mieux" dans "une stabilisation" , selon Jean-Claude Mailly, secrétaire général de FO.

Et pour plusieurs éditorialistes vendredi, dont le Monde, François Hollande est en plein "déni" .

Mais la vraie question est : fallait-il, pouvait-on raisonnablement prendre un tel engagement ? Qui peut encore croire que l’action d’un gouvernement peut, à elle seule, infléchir durablement la courbe du chômage ?

On est là typiquement, avec le champ de l’économie et de l’emploi, dans ce que l’on dénomme une politique complexe  :

a) il n’y a pas de relation mécanique simple entre l’action publique et son impact sur l’économie et l’emploi. Il y a même une forte incertitude sur ces impacts effectifs.

b) Il n’y a pas de consensus entre les parties prenantes à ce champ politique quant aux actions à mettre en place

Dans un tel contexte, se fixer des objectifs quantifiés à atteindre est pure folie : personne ne maîtrise réellement ni totalement l’évolution du contexte économique et sa traduction en termes d’emplois.

Les auteurs anglosaxons dans le domaine de l’évaluation des politiques publiques complexes considèrent que le jugement que l’on doit porter sur ces politiques doit être étayé par la capacité démontrée par l’exécutif à adapter sa politique en fonction des évolutions de l’environnement, et par sa capacité à innover, à trouver de nouvelle réponses aux besoins sociaux

De fait, l’erreur d’Hollande n’est pas de ne pas avoir atteint l’objectif assigné (réduction de la courbe du chômage), mais bien de s’être fixé un tel objectif !!!